L'instruction en famille risque d'être remise en question, une fois de plus.

Publié le 4 Juin 2016

 

Bonjour la France et au-delà,

Mon mode particulier de vie quand à l'instruction de mes enfants en famille, est encore une fois bousculé par une nouvelle menace de restriction de nos libertés. Nous sommes plusieurs familles à réagir contre cela.

Au-delà de la restriction de liberté pour une minorité, il s'agit de faire connaître au plus grand nombre que même dans un pays dit démocratique, il faut rester vigilant pour conserver ses droits.

Se pose-t-on souvent la question de savoir à quel moment, sous prétexte du "bien vivre ensemble" de la société, nous sommes passé à l'imposition d'une pensée unique délivrée par un organe de l'Etat ?

"Il n'est pas tolérable qu'un gouvernement ait, de jure ou de facto, un contrôle complet sur l'éducation des gens. Posséder ce contrôle et surtout l'exercer est le propre d'un comportement despotique.
Un gouvernement qui puisse mouler les opinions et les sentiments des gens depuis l'enfance jusqu'à la jeunesse peut faire avec eux ce qu'il veut."
John Stuart Mill, Principes d'économie politique 1848

Ainsi donc, je partage ici ma lettre envoyée hier à Mme la Ministre de l'Education nationale, afin à la fois d'informer sur nos libertés d'instruction en France, et aussi pour aider toutes celles et ceux qui souhaitent également réagir. Car bien que l'instruction en famille ne vous touche peut-être pas directement, il est possible que dans l'avenir, vous ayez un enfant, un neveu, un proche qui aura besoin de cette liberté pour des raisons diverses, qui peuvent aller du choix pédagogique au handicap en passant par autant de chemins de traverses que la vie peut offrir.

Plus nous serons nombreux à nous manifester pour sauvergarder nos droits existants, plus le pouvoir en place pourra se rendre compte que le peuple désire retrouver sa vraie place dans la démocratie.

Vous pouvez copier, diffuser cette lettre dans le but de faire connaitre les droits d'instruction en France et les risques de voir ces droits rétrécis dangereusement.

Prendre soin de nos enfants maintenant, en respectant leur droit à l'individualité dans l'acquisition de leur savoir, c'est offrir un futur radieux à tous. C'est dans la diversité que la vie peut s'épanouir.

Nathalie

 

 Objet : Projet de décret modifiant les conditions de vérification de l'instruction en famille

                                                      Avignon, le 3 juin 2016
Madame la Ministre,

Ma famille adhère à l’association Les enfants d’Abord (LED’A), qui revendique le respect de l’individualité des enfants, ce qui correspond à ma propre philosophie de vie.

En tant que membres, ma famille a été informée de la consultation relative au mode d'instruction en famille (IEF) au ministère de l’Éducation nationale le 26 mai 2016 par votre directeur de cabinet adjoint, monsieur Noblecourt, à l’attention des différentes associations existantes relatives à ce mode d’instruction, dont LED’A.

L’information portait principalement sur votre volonté de faire évoluer le cadre de l’instruction en famille sur les points suivants :
• Evolutions législatives concernant le lieu du contrôle qui appartiendrait à l'administration et l'injonction de scolarisation qui serait aussi possible suite à deux refus de contrôle.
• Evolutions réglementaires sous la forme d'un décret qui préciserait la nécessité d'une progression continue dans tous les domaines du socle et de se référer aux attendus de fin de cycles pour la vérification de l'enseignement et qui introduirait dans le Code de l'éducation la soumission des enfants à des exercices écrits ou oraux lors de la vérification de l'enseignement.
• Une nouvelle circulaire devrait aussi voir le jour, elle devrait réaffirmer la liberté de l'enseignement, indiquer les raisons qui motiveraient le choix du lieu du contrôle et que les parents ont une obligation de moyen non de résultat.

Je tiens à rappeler qu’il existe déjà un cadre très clair qui codifie la relation des familles qui pratique l’IEF et l’administration. Si ce cadre a besoin d’évoluer, ce n’est pas dans un sens liberticide, mais au contraire, vers une ouverture pour une vraie reconnaissance de ces différents modes d’apprentissages respectueux de l’enfant dans son individualité et son besoin de s’épanouir au sein de la société dans laquelle il vit.

L’école de la République proposée à tout un chacun qui le désire montre ses limites, et ce n’est pas une erreur d’affirmer qu’elle traverse une profonde crise, qui se traduit entre autre par :
- un manque de moyens pour honorer parfaitement son devoir d’enseignement ;
- un lieu peu sécuritaire où sévissent violence, racket, humiliations ;
- une efficacité limitée (en 2011, 2 500 000 personnes âgées de 18 à 65 ans et scolarisées en France sont en situation d’illettrisme selon l’Agence Nationale de Lutte contre l’Illettrisme) ;
- une hétérogénéité de moyens selon les régions / villes / quartiers accompagnée d’une inégalité des chances de réussite flagrante.

Cette crise dans l’éducation n’est qu’un reflet de la crise plus profonde que traversent nos sociétés occidentales, et dans cet état de faits, il semble évident qu’il faudrait ouvrir vos concepts éducatifs à de nouveaux horizons, nouvelles expériences, menées, étudiées par des parents attentifs à leurs enfants, par des scientifiques, des neuro-pédo-psychiatres, toute une frange de population qui cherche des solutions réelles, concrètes, pour justement sortir de ce marasme ambiant.

L’instruction en famille participe à cela pleinement, beaucoup de littératures philosophiques et scientifiques le confirment. Beaucoup de retour d’expériences de familles le vivant quotidiennement également.

Aussi, je vous demande de vouloir reconsidérer l’instruction en famille à la lumière de tout ce vécu, de ces études encourageantes, et de poser effectivement de nouvelles bases, qui au lieu de viser à nous éliminer cette liberté, servirait à nous reconnaître comme des citoyens à part entière, innovants et attentifs dans l’éducation de leurs enfants, pour bâtir une société de demain sereine et épanouie dans tous les domaines.

Vouloir imposer des contrôles écrits et oraux qui doivent suivre les progressions définies par l’éducation nationale, c’est renier notre droit actuel d’utiliser une pédagogie appropriée à l’enfant, et vous décharger par là-même, financièrement et moralement de cette éducation, tout en ayant la mainmise sur son contenu, si peu constructif et respectueux de l’individualité de l’enfant.
Nous avons trop souvent été assimilés à des personnes en marge de la société, suspectés « a priori » de mettre en danger nos enfants, et donc soumis à contrôle comme le sont les criminels. Les enseignants qui ont à charge les élèves de leur classe ne subissent pas de contrôle annuel, comme cela est exigé pour nous.

Avec le recul, c’est un fait avéré que les enfants éduqués en instruction en famille acquiert une capacité d’autonomie et une réactivité bien au-dessus des moyennes habituelles, et certains pays, certains états, ont pris acte de cela, respectent ce choix et favorisent leur réalisation quotidienne (voir l’état d’Alberta par exemple, ou bien certaines université américaines qui réservent un quota de places pour les enfants issus de l’IEF).

Nous réclamons le droit de vivre l’éducation en famille avec des moyens décents, l’état devrait être en mesure de nous accompagner dans ce mode d’éducation, qui pourrait bien être une des réponses à la crise de l’éducation que traverse la France. Ce n’est effectivement pas anodin que le nombre d’enfants en IEF augmente. Cela ne devrait pas être vécu comme une peur, un risque sectaire, ou de radicalisation terroriste, mais plutôt comme un moyen à part égale que fournirait la république à tous ces enfants, un véritable choix de vie, dans le but de pouvoir amener l’enfant en fin de période d’instruction obligatoire, à avoir toutes les clés qui lui sont nécessaires pour mener sa vie d’adulte comme il l’entend, dans le respect des lois et de son prochain.

Je vous remercie, Madame le Ministre, de ne pas signer le décret en l’état, et de réfléchir, en concertation avec tous les acteurs de l’éducation, associations défendant l’instruction en famille, parents, à une meilleure intégration de ce mode d’instruction, afin que tous puissent trouver le moyen qui leur correspond pour mener à bien cette belle mission que d’aider et soutenir l’enfant pour qu’il réussisse sa vie, dans le sens le plus noble du terme.

Je vous prie de recevoir, Madame la Ministre, mes respectueuses salutations.

Rédigé par Nathalie

Publié dans #SYSTEME D - NOUVELLES - DES IDEES ET DU PARTAGE

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